Dîner-débat
Le 4 Décembre 2013
Assemblée nationale

Quand les entrepreneurs investissent le débat public

Le 4 décembre à l’Assemblé nationale, Olivier Carré, député UMP du Loiret, Geoffroy Roux de Bézieux, vice-président du Medef et Denis Payre, président de Nous Citoyens, tous chefs d’entreprises à diverses échelles, se sont réunis pour évoquer et partager leur engagement dans le débat public. Des engagements qui ont pris différentes formes, parfois complémentaires, d’autres fois divergentes…

Dans un premier temps, les trois intervenants sont tour à tour revenus sur les motifs qui les ont poussés à s’investir dans l’espace public parallèlement à la gestion de leur entreprise. « La volonté de ne pas rester spectateur » (Geoffroy Roux de Bézieux), l’exaspération à l’égard du « y’a qu’à, faut qu’on » (Olivier Carré), « pouvoir regarder ses enfants dans les yeux alors que la jeune génération va hériter d’une France en déshérence et endettée » (Denis Payre), les raisons convergent. Le trio a également déploré la sociologie des parlementaires et des ministres, trop peu au fait du monde de l’entreprise.

« Prise de conscience des Français », tel fut ensuite le leitmotiv de cette soirée. Selon ces trois « patrons », la France est à l’heure des choix et le contexte économique et social, dans sa difficulté, peut s’avérer salvateur. La crise de la dette, la hausse des prélèvements sociaux, le chômage au plus haut, feraient office d’électrochocs. Car tous sont unanimes sur ce point : la France doit changer de direction,  s’engager sur la voie de la baisse des dépenses publiques et relancer la compétitivité de ses entreprises.

Sur la méthode, les propositions ont commencé à différer. Elu d’un parti de pouvoir depuis plus de douze ans, Olivier Carré a dû composer avec le bilan de dix ans de droite, dans l’ensemble, peu réformateur. Pour l’heure, le député a tenu à mettre en garde les chefs d’entreprises contre le CICE. « Tous les crédits d’impôts sont un moyen pour l’Etat de rentrer dans le fonctionnement interne des entreprises, » a-t-il déclaré. « Je l’ai vu avec le crédit d’impôt recherche, il y a souvent une différence entre le discours des ministres et l’application beaucoup plus soumis à la conditionnalité des fonctionnaires de Bercy. »

Une offre politique en laquelle Denis Payre ne croit plus, lui qui a maintenant fondé son propre mouvement politique, Nous Citoyens, en réponse à cette inconstance des hommes politiques. Le fondateur de Kiala et de Business Object a appelé à de vraies réformes : la fin des 35 heures, une baisse des charges des entreprises de 100 milliards d’euros, un code du travail simplifié. « Il faut une véritable incitation à l’investissement. Prenez l’abattement fiscal Madelin pour les PME. Son plafond vient de tomber à 10 000 euros. Au Royaume-Uni, il est de 360 000 euros ! » Sur la dépense publique, Denis Payre est monté au créneau et a demandé de la pédagogie lors des grand enjeux électoraux plutôt que des débats orientés sur des sujets périphériques.

Pour le président d’Oméa Télécom, Geoffroy Roux de Bézieux, la priorité reste de redonner de la marge aux entreprises. « Elle est de 28% en France contre 38% dans l’Union européenne. Comment voulez-vous assurer l’investissement, et donc des emplois, avec un pareil taux ? » Il a également mis en cause la compétitivité du modèle de travail hexagonal, et au-delà des 35 heures, les RTT qui pénalisent les Français à l’international : « cela représente trois ou quatre semaines de plus par rapport aux Chinois ou aux Indiens. » Concernant la baisse de la dépense publique, il a dit vouloir aller plus loin que l’approche de Denis Payre, expliquant que la pédagogie ne suffisait pas et qu’il fallait de l’exemplarité de la part des hommes politiques : « le discours de vérité ne tient plus, les Français ne seront prêts aux sacrifices que si tout le monde est touché à proportion. »

Bien entendu, la question de l’Union européenne s’est glissée dans le débat, ici à l’initiative de Paul-Alban Riché, …. Il a tenu à rappeler que cette discussion ne prenait de sens que si elle était envisagée à l’échelle communautaire, puis a proposé dans un second temps de supprimer une loi chaque fois qu’une nouvelle apparaît. Geoffroy Roux de Bézieux a saisi la perche et n’a pas manqué de rappeler qu’une grande partie de l’inflation normative trouvait sa source dans l’appareil bruxellois. « On peut être fondamentalement européen et penser que l’UE ne fonctionne pas ! »

Xavier Brunschvicg de la fondation Arc a lui tenu à faire valoir que toute dépense publique n’était pas nécessairement mauvaise, qu’elle pouvait même être un facteur de compétitivité si elle participait à la mise en relief du site France : « le véritable débat c’est la création de valeur ajoutée et la compétitivité des entreprises. » Une interprétation que n’a pas rejetée Denis Payre sur le principe, bien qu’il considère les prélèvements obligatoires excessifs comme un problème majeur : « je veux bien qu’il y ait de la bonne dépense comme il y a du bon cholestérol mais là on atteint une proportion insupportable. »

Estelle Forget, entrepreneur, s’est dit las du benchmark constant qui prévaut dans le discours ambiant entre la France et l’Allemagne ou le Royaume-Uni : « il faut arrêter de se comparer aux autres, tout n’est pas mieux ailleurs. La France possède des atouts formidables. » Le vice-président du Medef a alors pris la parole, un brin remonté contre cette vision : « nous sommes tous d’accord pour reconnaître que la France a d’excellents atouts pour réussir dans la mondialisation. Mais je ne peux pas vous laisser dire que nous n’avons pas à nous inspirer de nos voisins. Il y a trente ans, le PIB par habitant de l’Angleterre était 20% en-dessous de la France. Aujourd’hui, il est 15% au-dessus et ce n’est pas que de la finance, la taille de leur industrie nous est aussi supérieure. Je ne dis pas qu’il faut faire exactement la même chose, mais il y a des pays qui ont fait des choix qui marchent et d’autres qui foncent dans le mur. »

Enfin, Jean-Marc Barki, industriel dans le Pas-De-Calais, a soulevé la question de la nationalisation en France, exprimant sa volonté de « remettre les entreprises dans les mains des entrepreneurs » et d’ainsi diminuer la dette. Pour Olivier Carré, la véritable nationalisation de l’économie française tient davantage dans « l’immixtion quasi permanente de la cascade production de la valeur-ajoutée » : « l’Etat amène de la complexité plus qu’autre chose. »

Devant un parterre très hétéroclite, le débat s’est longtemps poursuivi. Si Denis Payre a suscité la curiosité et l’espoir de certains, il est attendu au tournant. Ses deux voisins sont bien placés pour savoir qu’un tel engagement ne se fait qu’au long cours.

 
 
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Olivier Carré, député
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Denis Payre, président de "Nous Citoyens"
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Geoffroy Roux de Bézieux, vice-président délégué du Medef
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Le dîner
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Les questions dans la salle
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Les questions dans la salle
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Les questions dans la salle
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Les questions dans la salle
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Les questions dans la salle
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Les questions dans la salle
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Les questions dans la salle
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Les questions dans la salle
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Les questions dans la salle
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Les intervenants avec Emmanuel Cugny, journaliste à France Info, animateur du débat
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le Guide du Pouvoir
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